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Чтение книги "Une vie qui n’a pas eu lieu" (страница 2)

   On peut rêver à de pareilles inscriptions.
   Levant les yeux et tournant légèrement la tête, il découvrit un tapis au-dessus du divan, et, sur ce tapis, une épée. En acier poli, sans sa gaine. Albert s’y connaissait peu en épées, mais cela n’avait aucune importance parce que le long de la lame s’étiraient des caractères gravés :
   « A sir Albert, lauréat du prix mondial Host-Peltz ».
   Les caractères ennoblissaient la lame, même si elle était de facture modeste, comme on en trouve pas mal dans les boutiques de seconde main.
   Albert se releva, se dirigea vers la fenêtre et vit qu’on avait hissé les voiles sur le yacht.
   – C’est donc comme ça ? – demanda-t-il à la mer, au yacht, aux livres sur les étagères et à l’épée sur le mur.
   – C’est donc comme ça…– répondit quelqu’un qui avait les yeux d’un vert extrême.
   Cette dernière assertion, Albert en était sûr.
   La compréhension lui arriva glaciale et acérée, comme un couteau sous l’omoplate ; et tendrement lointaine, comme un regard vert ; et désespérée, aussi, comme une envie de s’éveiller.
   – Et maintenant – quoi ? – questionna-t-il en se posant la question à lui-même cette fois.
   Puis, sans attendre la réponse, il revint au miroir et regarda longuement le vieillard saisir d’une main son foulard à pois, dans une tentative d’arracher cet ornement devenu étrangleur ; il vit le visage s’emplir de bleu maritime, dans l’encadrement soigné de la barbe bien peignée ; et enfin il vit le corps tomber lourdement sur le parquet.
   Le vieillard était déjà mort qu’Albert regardait encore le miroir.
   Mais pas longtemps.
   « Seras-tu une vie acariâtre ? tendre ? indifférente ? ne seras-tu pas une vie du tout ? tu as déjà eu lieu ? » Mais, à cet instant-là, dans le miroir, il ne se reflétait plus rien hormis le fantôme de lèvres blanches et le spectre de mots imprononcés.
   Au demeurant, avant de disparaître, de disparaître à jamais et de partout, il eut le temps d’entendre la réponse à sa question, et cette réponse fut exactement conforme à ce qu’il supposait au tout début.
   Les réponses sont les assassins des questions ; pourtant aucun commissaire de police ne songerait à soumettre les questions à la question ni à exiger des réponses qu’elles répondent de leurs actes…
   Aucun n’y songerait ; et c’est dommage.
   Dommage.
   Près du lit défait qui conservait le parfum d’un amour enfui, dans la chambre, dont la propriétaire eût été bien étonnée d’apprendre qu’elle l’avait louée la veille à un jeune homme à la réputation douteuse, pleurait à gros sanglots une femme aux yeux verts. Elle pleurait, tout en sachant que, bientôt, elle serait assise dans un bar qui domine la plage, un jour sans passé et sans avenir, reluquant d’un œil morne ses quartiers de pamplemousse, mais cette fois personne ne passerait sur la berge en frottant ses souliers contre les plaques, personne ne prendrait place à la table voisine ni ne commanderait du champagne.
   La femme pleurait.
   Toute seule.
   Par terre.
   Entre hier et demain ; toujours au milieu.
   Derrière la vitre criaient les éternelles mouettes.
* * *
   Ce récit parle d’Albert et de Geneviève aux yeux verts. C’est un récit sur la mer froide et les mouettes agressives. C’est un récit sur une grue dans le ciel bleu, et le vent dans une main au poing serré, car il nous en reste rarement plus au creux des mains. C’est un récit sur une bouteille de champagne ouverte à un mauvais moment. C’est un récit qui parle de Geneviève et de l’étudiant Albert et encore d’une vie qui n’a pas eu lieu et qui n’aura plus jamais lieu.
   Si vous en savez davantage, je vous envie.
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